Traçabilité : son importance pour une mode éthique et durable

Ernesto fait le design des vêtements éthiques pitumarka

Tu as sans doute souvent entendu parler de “traçabilité”, sans pour autant bien en saisir toute l’importance. Dans sa définition classique, la traçabilité, c’est la capacité d’une entreprise (et par extension du consommateur) à suivre un produit tout au long de sa chaîne de production. La traçabilité sert donc notamment à clarifier : quand, où, et par qui a été fabriqué le produit, mais aussi dans quelles conditions. Dans le monde du textile et de la mode, force est de constater que la notion de traçabilité est extrêmement ténue, et souvent obscure là où elle devrait être transparente. Pourtant, il s’agit là du socle même d’une offre responsable et durable ! On t’explique pourquoi.

La traçabilité pour les entreprises de la mode

La traçabilité de la chaîne de production sert à tracer l’historique, en amont ou en aval, du produit. En d’autres termes, elle permet de suivre le vêtement depuis l’approvisionnement en matières premières jusqu’à la vente de la pièce finie, en passant par l’usinage, l’assemblage et la distribution. L’ennui, c’est que la mondialisation et la multitude d’étapes qu’elle induit ont largement transformé et complexifié les chaînes d’approvisionnement.

Pour te donner une petite idée de cette complexité, Jamy te propose de suivre l’itinéraire emprunté par un simple jean pour arriver jusque dans ta penderie :

Tu l’as compris, la chaîne de production d’une pièce vestimentaire est très fragmentée et internationalisée. Par conséquent, la traçabilité est une notion presque abstraite tant elle est complexe à clarifier. Pourtant, il s’agit là d’un sujet crucial ! La traçabilité n’est rien de moins que le premier pilier sur lequel repose toute la transformation profonde que les marques du secteur de la mode doivent opérer pour parvenir à une offre responsable, c’est-à-dire éthique et durable.

Ainsi, la traçabilité permet de répondre à bien des enjeux stratégiques :

  • de conformité ;
  • d’approvisionnement responsable ;
  • de transparence ;
  • d’optimisation opérationnelle et qualité.

Les sept étapes de fabrication d’un vêtement

L’article 13 de la loi AGEC, loi “Anti-gaspillage pour une économie circulaire”, précise que l’information du consommateur sur la traçabilité des produits textiles s’étend à chacune des étapes de fabrication du vêtement. Concrètement, pour les marques de mode étique et durable, la traçabilité doit donc s’appliquer aux sept étapes de conception d’un vêtement. Pour une pièce en coton, ces étapes sont :

  1. La culture coton
  2. La filature
  3. La teinture
  4. Le tissage ou le tricotage
  5. L’ennoblissement (le traitement tissu)
  6. Le découpage
  7. La confection
    (8. l’éventuel délavage chimique)

En termes de traçabilité dans cet exemple, une marque durable sait dans quel pays est cultivé son coton. Elle connaît les méthodes de culture employées (agriculture biologique). Elle connaît même la quantité d’eau qui est consommée par cette production. En outre, une marque éthique s’assure des conditions de travail de tous les intervenants nécessaires à la création du vêtement, depuis la récolte du coton jusqu’à la confection de la pièce. Si un animal est impliqué dans cette production, la marque éthique s’assure aussi de ses conditions de vie et de son bon traitement.

Ainsi, à chaque étape, la traçabilité vérifie les contraintes environnementales et sociales de la chaîne de production. Elle en décortique chaque maillon pour en comprendre précisément les tenants et les aboutissements, dans le but final de transmettre ces données en toute transparence au consommateur.

La traçabilité comme solution à l’exploitation humaine

Dans le monde entier, on estime que près de 75 millions de personnes travaillent dans l’industrie du textile. Pour la majorité de ces travailleurs, on parle d’emplois très précaires, souvent informels, et même dangereux ! L’industrie du textile est ainsi frappée par les scandales successifs.

On pense bien sûr aux allégations de « travail forcé » impliquant la main-d’œuvre ouïghoure, en Chine. Cette dernière représente aux environs de 20 % de la production mondiale de coton ! Et la plus grande partie provient de la région du Xinjiang où vivent les Ouïghours. Or, cette minorité musulmane est soumise à une politique répressive violente de Pékin. Sur le banc des accusés, les noms des plus grandes marques de l’industrie de la mode sont pointés du doigt : Gap, Nike, Adidas, Calvin Klein, H&M, Zara, Puma, Uniqlo, Ralph Lauren, Tommy Hilfiger, Abercrombie & Fitch, Uniqlo, Fila, Victoria’s Secret ou encore Lacoste… Autant de “grands noms” soupçonnés de se fournir en coton du Xinjiang et de fermer sciemment les yeux sur l’exploitation humaine qui découle de leurs chaînes de production.

L’industrie du textile n’en est pourtant pas à son premier scandale. Rappelons-nous la plus grave tragédie de l’histoire de cette industrie survenue le 24 avril 2013. Cette date marque le jour de l’effondrement d’un complexe d’immeubles industriels de Dacca, au Bangladesh, coûtant la vie à plus de 1 000 personnes.

Attendre les scandales pour réagir n’est plus une option ! La traçabilité de la chaîne de production s’impose aujourd’hui comme une solution pour agir et mettre fin à ces pratiques. Sa généralisation, encore difficile, et surtout son obligation doivent à présent passer par des lois fortes. Tant que ces lois n’existeront pas, le consommateur sera contraint de s’assurer lui-même de la transparence des pratiques des marques qu’il affectionne.

Comment se poser les bonnes questions en tant que consommateur ?

La bonne nouvelle, c’est que les comportements éthiques et durables des marques et des distributeurs sont aujourd’hui déterminants dans la décision d’achat de plus en plus de consommateurs. Le secteur du textile doit donc s’adapter à ces attentes fortes. Certaines marques proposent donc désormais une offre plus responsable, mettant en avant leurs engagements RSE.

Malheureusement, sans plus de contrainte de transparence, le consommateur n’a guère d’autres sources de données que l’étiquette du vêtement qu’il a sous les yeux. Des étiquettes qui donnent finalement très peu d’informations sur la traçabilité de la pièce.

Aussi, cette fameuse mention “made in France” te fait croire que le produit est réalisé à 100 % en France… Le consommateur est ainsi volontairement laissé dans le flou. Or, gardons à l’esprit qu’un vêtement responsable n’a rien à cacher !

De nombreuses initiatives, solutions et outils émergent aujourd’hui pour soutenir la profonde mutation que le secteur de la mode doit observer afin d’aboutir à une transformation durable de ses entreprises.

En tant que consommateur, tu peux par exemple utiliser l’appli clearfashion. Celle-ci peut être comparée à un “Yuka de la mode”. L’application te permet d’auditer les marques, en vérifiant leurs engagements et en analysant l’impact de leurs vêtements sur le plan :

  • environnemental ;
  • humain ;
  • sanitaire ;
  • et animal.

À l’heure du Greenwashing, les consommateurs ont bien besoin de ce type d’outil, afin de parvenir à différencier ce qui relève de la stratégie marketing de ce qui s’avèrent être des pratiques vertueuses réelles.

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